« Bayonne ville fermée » : l’insuccès de la rançon

En décidant la mise en place de l’accès payant aux Fêtes de Bayonne, la majorité municipale de Jean René Etchegaray a gravement porté atteinte à l’esprit et à l’image même du patrimoine moral et immatériel de la Ville. Une décision profondément contraire à la tradition d’ouverture et à la culture populaire bayonnaises qui sont les nôtres. Une décision qui abaisse et qui abîme l’image de notre cité. Une décision qui précipite encore les Fêtes et la ville vers la pente glissante de la marchandisation des événements festifs et des moments de sociabilité qui est justement la source même des dérives dont nous pâtissons.

Ce dispositif payant nous a coûté en de nombreux aspects. Auprès de nos voisins et amis du Pays Basque et des Landes, bien sûr. Mais aussi plus largement puisque Bayonne a fait la une des titres nationaux cet été : « les touristes ne sont plus les bienvenus ». « Aux revendications identitaires traditionnelles s’ajoute une dose de tourismophobie », écrit ainsi L’Express. Sans parler d’une émission de radio à forte audience qui a fait le buzz aux dépens de notre premier édile. À l’encontre de notre image de ville populaire, et de sa tradition d’accueil et d’ouverture, la municipalité Etchegaray a choisi de la fermer et de s’y barricader. Au détriment aussi des Bayonnais eux-mêmes, entravés dans leur libre circulation dans leur propre ville, qui en ont ainsi éprouvé tous les inconvénients dans leur vie quotidienne.

Un bilan payé de mots…

Le discours officiel et les éléments de langage qui l’accompagnent étaient évidemment déjà écrits avant même le début des Fêtes : « nous avons réussi », « c’est un nouveau modèle », « c’était plus sécure (sic) ». Mais les Bayonnais ont maintenant l’habitude de ces exercices d’autosatisfaction municipale sur tout sujet.

Pas de quoi tirer un feu d’artifice au-dessus du Pont Saint-Esprit pourtant ! À l’heure où nous publions ces lignes, la municipalité n’a toujours pas livré le compte définitif de l’exercice sur lequel elle s’était glorifiée pourtant dès le lendemain ! On sait toutefois que le nombre de bracelets vendus est très inférieur à celui escompté (pas plus de 160 000 pour 400 000 commandés), que le coût du dispositif s’avère lui bien supérieur. Preuve parmi d’autres du haut degré de réflexion et de préparation de l’affaire, le budget prévisionnel n’avait même pas pris en compte la fiscalité (TVA) sur la billetterie pourtant inhérente à tout événement payant. Sans compter les coûts masqués : les Bayonnais les plus attentifs auront ainsi remarqué que certains travaux d’entretien urbain, au mois de septembre, ont été confiés à des prestataires privés, certainement du fait de la surmobilisation des personnels municipaux provoquée par le dispositif des Fêtes payantes. Autant de coûts induits que l’on ne verra sans doute pas imputés sur le bilan officiel !

« Succès » sans émules…

On se demande pourquoi, devant une telle réussite, personne n’a encore voulu imiter le dispositif. Au-delà de l’autosatisfaction municipale, il semble en effet que l’opération n’a pas vraiment convaincu nos voisins. On ne parle même pas de nos amis de Pampelune qui n’ont même pas daigné regarder l’affaire… Mais les délégations dacquoise et montoise venues en observatrices sont reparties poliment taiseuses, la première magistrate de Dax annonçant d’ailleurs quelques temps plus tard que ses Fêtes resteraient gratuites. Réussite inégalable en aval de l’Adour, erreur en amont ?

À qui rapporte la dîme ?

C’était la grande justification de l’opération. Les Fêtes payantes devaient soulager les finances de la Ville qui supportaient la majeure partie de leur coût. Mais les Bayonnais ne doivent pas s’attendre à en voir les effets sur leurs feuilles d’impôts locaux par exemple (contrairement aux promesses de campagne de la majorité municipale) : celles-ci n’en seront pas allégées d’un demi-kopeck !Car la vérité budgétaire est bien ailleurs : ce ne sont pas tant les Fêtes qui coûtent le plus cher aux Bayonnais mais la gestion générale de la majorité municipale. On pense bien entendu aux projets d’investissement mal pensés, mal montés et mal financés, mais aussi au dispendieux train de vie municipal avec son cortège de dépenses somptuaires : plus du doublement d’une année sur l’autre des frais de réception, buffets, fêtes et cérémonies, envois postaux, brochures et publications à la gloire de l’équipe en place…

S’y ajoutent le plus que doublement du projet de l’Atalante (dont la facture globale tutoiera bientôt les 5 millions d’€), les cadeaux multiples et répétés (500 000 € annuel de plus que sous la mandature précédente), sans grande contrepartie au rugby professionnel. Et surtout le projet de rénovation du Musée Bonnat, dont le coût s’est déjà envolé, en deux ans, de 12 à près de 25 millions d’€ avant même que les premiers coups de pioche aient été donnés. Des choix aventureux et mal maitrisés qui conduisent déjà la Ville dans une perspective de réendettement et qui l’oblige à brader à des promoteurs privés des pans importants de son patrimoine foncier et immobilier.

Fêtes : d’autres pistes de financement.

Aussi mauvaise que soit la solution adoptée par l’actuel maire, la difficulté posée par le coût de nos fêtes est réelle. Des alternatives existent pourtant.

Nous renouvelons à ce sujet notre proposition de 2014 en faveur de la constitution d’une Régie des Fêtes, qui, permettrait de mobiliser toutes les énergies et les intelligences (municipalité bien sûr, mais aussi habitants, peñas, professionnels, associations etc.), non seulement pour en améliorer la qualité et l’image, mais aussi pour en réduire et en maîtriser le coût. Bien des recettes pourraient être mieux exploitées au profit de la collectivité : le verre réutilisable, le stationnement, les partenariats etc.

Un événement d’intérêt communautaire à l’échelle du Pays Basque.

Une autre source de financement s’impose également, plus évidente et plus immédiate sans doute. Premier événement festif de France, quatrième ou cinquième au monde, personne ne contestera que les Fêtes de Bayonne sont une manifestation qui dépasse le seul cadre de la ville pour s’élargir à l’ensemble du Pays Basque et même du Sud-Ouest. S’il y a un événement d’intérêt communautaire à l’échelle de la Communauté d’Agglomération, c’est bien celui-là. En terme d’image c’est particulièrement évident, avec la notoriété et la couverture médiatique que l’on sait. Mais c’est également vrai en terme de fréquentation : avec les Bayonnais, les premiers à « faire » les Fêtes sont bien nos voisins, d’Anglet, de Saint Pierre d’Irube, d’Ustaritz, de Mouguerre et de tout le Pays Basque. Et il y a fort à penser qu’ils formeront le premier contingent de ceux qui devront acquitter le nouvel « octroi » que leur impose le maire de Bayonne.

Solliciter la Communauté d’Agglomération Pays Basque.

Mais surtout, la Communauté d’Agglomération a toute vocation à venir soutenir financièrement les Fêtes de Bayonne dans la mesure où elle en tire bénéfice, bien davantage que la Ville de Bayonne. Dans le système français, ce sont en effet les intercommunalités et non les communes qui perçoivent la fiscalité économique sur les entreprises(CFE et CVAE). Or, si les Fêtes de Bayonne coûtent cher, on sait bien qu’elle rapporte également beaucoup, y compris à des professionnels qui ne sont pas forcément bayonnais (brasseurs, grandes surfaces, hôteliers…) : la contribution de la Communauté d’Agglomération viendrait ainsi justement soulager le (jusqu’ici) seul contribuable bayonnais en lui apportant le concours de la richesse générée par les Fêtes de Bayonne.

C’est d’ailleurs ce qui se fait à Pampelune où les San Fermines sont bien considérées comme les fêtes de la ville, mais encore de toute la Navarre, et où la Diputación de Navarre vient donc accompagner la Ville de Pampelune dans leur financement.

Cette solution aurait un autre avantage, démocratique, celui de rapprocher la Communauté d’Agglomération de ses habitants, de tous ses habitants, et de leur vécu quotidien, tout en créant de véritables solidarités entre eux. Jusqu’ici, il faut bien le dire, l’Agglomération reste une institution de « technos » et de notables, éloignée et mal connue des populations. Il y aurait là l’occasion de la faire progresser en popularité.

Bayonne Ville Ouverte

Bayonne Ville Ouverte

Le groupe Bayonne ville ouverte se compose de Henri Etcheto, Marie Picard Felices, Alain Duzert, Hervé Pallas, André Artiaga, Colette Capdevielle, Juliette Brocard.

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